1. Economie numérique
    1. Economie numérique et Société
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  2. Les fondamentaux de l'économie numérique et quelques unes de leurs conséquences

    par Nicolas Curien,
    Professeur au CNAM

    Membre de l'ARCEP



    J'ai eu le privilège d'écouter la conférence de l'auteur dans le cadre prestigieux de l'abbaye de Royaumont le 6 Novembre dernier à l'occasion du 125 ème anniversaire de l'IEEE, une association dont je suis membre depuis 24 ans. Elle était faite en anglais, mais les mêmes diapos sont disponibles en français.

    Cette conférence n'a fait que confirmer (sous des termes souvent plus savants que les miens) ce que je ressens depuis bien longtemps, et il m'a semblé qu'elle valait la peine d'être mieux connue des habitués de MacPuissanceDix. Je vous laisse découvrir les diapos, mais j'ai essayé de les commenter dans un double but :
    • pour apporter quelques éclaircissements sur des expressions dont la signification n'est pas toujours évidente ; les liens vous emmèneront parfois très loin...
    • pour faire mes propres commentaires

    Voici, l'un après l'autre, numérotés, les titres des diapos présentées, et les remarques qu'elles m'inspirent.

    1- Les fondamentaux de l'économie numérique et quelques unes de leurs conséquences

    2- Le numérique : une innovation drastique...

    3- Les TICs changent-elles les lois de l'économie ?

    Le paradoxe de Solow avait été exprimé en 1987 par ce prix Nobel d'économie, qui s'étonnait que l'informatique n'ait pas entraîné d'amélioration de la productivité. En fait, l'amélioration de la productivité est intervenue avec retard (à partir de 1995), et ce paradoxe n'est plus d'actualité. L'informatique est bien (maintenant) synonyme de gains de productivité.

    La Loi de Moore date de 1965, et prédisait que le nombre de transistors des microprocesseurs pouvait doubler tous les deux ans. Globalement, elle est toujours valable.

    La loi de Metcalfe énonce que l'utilité d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs. Pour un utilisateur, l'utilité du réseau dépend du nombre des autres utilisateurs connectés au réseau ; c'est ce qu'on appelle aussi l'effet de club ou de réseau.

    Autrement dit, si les lois de l'économie ne changent pas, les conditions de leur application ont changé considérablement...

    4- Les deux moteurs de la "Révolution numérique"

    Le texte est clair : la numérisation s'accompagne d'une dématérialisation de l'information. Autrement dit l'information n'est plus associée à un objet matériel (livre, disque, etc...). Si vous volez un livre ou un disque dans un magasin, il n'y est plus, il ne peut plus être acheté par quelqu'un d'autre. Mais récupérez le même livre ou le même disque sur un site internet, ils ne disparaissent pas, ils y sont toujours...à la disposition de tout le monde. Est-ce encore du vol ?

    L'infomédiation est l'intervention d'un agent externe (Google, par exemple) pour vous faciliter l'accès à l'information. Le Web 2 facilite l'accès à cette information numérique : il utilise le web comme plate-forme, considère les données comme "connaissances implicites", profite des effets de réseau, permet une architecture de participation et la syndication, la diffusion à la demande par des flux RSS...

    Et ces accès portent sur des biens très divers :
    • pour les biens d'expérience, la valeur tient à la connaissance du produit, aux relations et aux réseaux qui permettent d'accéder à cette connaissance. Au départ, on ne connaît pas ; il faut découvrir.
    • Les produits Média rentrent en compétition dans une économie de l'attention : "Ce que l'information consomme est plutôt évident : elle consomme l'attention de ses utilisateurs. Si bien qu'une richesse d'information engendre une pauvreté d'attention, et doit concentrer cette attention suffisamment pour contrer la surabondance des sources d'informations qui peuvent l'accaparer" (Simon, 1971).
    • Les Biens complexes supposent l'intervention du consommateur qui requiert un produit, et sollicite une proposition : le cas typique de l'eCommerce et des achats sur Internet... ou de l'achat d'une voiture, accompagné de services (entretien, assurances, etc.).
    • Les Biens innovants sont aussi une des caractéristiques de l'économie numérique... Je ne vais pas gloser là dessus !

    5- Analogie biologique

    Les flux d'informations dans un éco-système lui permettent de fonctionner ; les stocks d'informations permettent la reproduction, et la "mutation sélection". L'analogie est extrêmement riche : les systèmes d'information sont associés à des structures vivantes, qui ont leurs propres règles de fonctionnement, et la capacité de se multiplier et d'évoluer par le biais de l'innovation...

    A la base, tout repose sur la numérisation et sur l'infomédiation.

    6- Information-flux

    L'algorithme IPDC est un algorithme utilisé pour transférer des informations en utilisant IP (Internet Protocol) sur les réseau mobiles. L'auteur s'amuse à créer un nouvel algorithme IPDC (Innovation-Production-Distribution-Consommation) de son cru adapté aux transfert des flux d'informations, dans lequel il détaille des aspects spatiaux, temporels, et logiques. C'est clair pour l'aspect spatial et le brouillage logique entre Innovation, Production et Consommation, mais je n'ai pas compris la relation entre le temps et le système financier.

    7- Information-stock

    Avec Internet, l'offre et la demande prennent de nouvelles formes :
    • Le marché selon Hayek correspond à celui de l'économie libérale ; si les prix sont fonction de l'offre et de la demande, ils sont aussi capables d'influer sur le comportement des individus (donc de modifier la demande).
    • Le web relationel est devenu un marché sur le marché (méta-marché)
    • L'infomédiation intervient avant et après les transactions
    • Les ressources sont abstraites (virtualisation).

    L'information disponible modifie les goûts, les représentations, les connaissances...

    8- Le Web infostructure

    Le texte est assez clair pour se passer de long commentaire. Le web constitue un méta-espace informationnel dans lequel on évolue au hasard (sérendipité), par recherche, ou par identification.

    L'espace topologique et l'espace informationnel sont aussi présents dans les univers virtuels...

    9- Internet et acculturation

    Une définition du goût assez claire, et comment internet intervient, par des phénomènes d'échange, et par une démission d'authenticité.

    10-Les transformations de la chaîne des valeurs

    11- Distension de la chaîne

    N'est pas propre aux TICs (Technologies de l'Information et de la Communication)

    En amont et en aval, ça se comprend...

    Les coûts interviennent en amont, et la valeur est déportée vers l'aval (associée à des paquets de services)

    12- "Gratuité" marginale

    Pour ceux qui sont allergiques aux équations, les utilités (ce qu'on obtient) et les coût sont indépendants des volumes. Cela signifie que des variations de volumes n'augmentent pas les coûts et n'entravent pas les utilités, et qu'il suffit d'un forfait d'accès comme celui qu'appliquent les FAI.

    13- Gratuité = source de valeur

    Et voilà le bouquet où voulait en arriver l'auteur : les quatre premières propositions signifient la même chose : on paie au forfait pour disposer de tout, que ce soit au parc d'attractions ou dans la caverne d'Ali Baba où il suffit de pouvoir entrer pour se servir ; ce qui est gratuit permet d'accepter de payer...

    Et les regrets de l'auteur devant les occasions gâchées : le refus de la licence globale, le rigorisme de la mission Olivennes qui n'a rien voulu comprendre (ou a été manipulée ?), et la stupidité de la loi Hadopi... qui a couronné le tout !

    La conclusion est évidente : tous ces combats d'arrière garde sont perdus d'avance ; c'est seulement une question de temps.

    14- Réseaux/contenus/usages : un jeu 3 x gagnant

    15- Un jeu "win-win-win"

    Les deux premières propositions se comprennent facilement. Plus l'usage d'internet augmente, plus tout le monde y gagne.

    Les compagnies téléphoniques (telcos) assurent l'interface entre les fournisseurs et les consommateurs de contenus

    16- ... sous conditions

    Là encore, c'est très clair, rien à rajouter...

    17- Pyramide de la régulation

    Analysez les 4 faces du tétrahèdre : le marché (Opérateurs, Consommateurs, Editeurs), et les trois faces de régulation (Opérateurs + Editeurs = accès au réseau, Opérateurs + Consommateurs = régulation des réseaux, Editeurs + Consommateurs = régulation des données).

    18- Communautés en ligne

    19- La renaissance des communautés

    Le texte est clair ; il suffit de le lire...

    20- Graphes d'infomédiation

    Reprend la distinction de la diapo précédente entre les réseaux sociaux, les Mass Média, et le web communautaire.

    21- Intimité instrumentale

    Une analyse simplifiée des liens dans quatre types de structures (marché, CEL, hiérarchie, famille).

    22- Du code à la sémantique

    Oppose les réseaux sociaux et les mass média aux communautés en ligne.

    23- De l'information à la connaissance

    24- Information codifiable / tacite

    La première n'a pas de valeur économique ; c'est la seconde qu'on peut encore vendre.

    25- Société de la connaissance

    Le texte est assez clair... quand vous savez que la Kula est un réseau d'échanges qui valorise le donneur...

    26- Après Solow : un 2° paradoxe

    La concurrence a tendance à être remplacée par la coopération, mais sans qu'on passe d'un modèle à l'autre.

    27- Hiérarchie, marché & réseau

    28- Les modèle H, M, R

    Sans commentaire.

    29- Les modèle H, M, R

    Leur différenciation dans différents domaines ; à lire ligne par ligne, plutôt que par colonne.

    Ma conclusion

    Cet ensemble de 29 diapos est très riche, et pas toujours très facile à suivre. Il faut s'y coller. Mais il a l'avantage de montrer l'importance des réseaux, qui permettent un accès quasi gratuit à l'information, pourvu que les acteurs acceptent de jouer le jeu.

    Mais pour des raisons faciles à comprendre, les acteurs traditionnels ont beaucoup à perdre s'ils ne savent pas entrer dans la danse. Les règles ont changé profondément, et les éditeurs (de livres, de musique, de films) restent sur des positions anciennes, et se font manger, au lieu de chercher à s'adapter et à tirer parti des règles nouvelles. Des petits malins comme Apple l'ont bien compris, en fournissant de la musique en ligne, à prix d'or.

    Dans une économie régulée, le prix marginal d'un produit étant quasi nul, tout pourrait être distribué dans le cadre de forfaits raisonnables. L'explosion d'Internet, le succès des FAI, ont prouvé que le consommateur est prêt à payer, tant qu'il y trouve son compte et qu'il ne se sent pas grugé. Un CD ou un DVD devraient être proposés au prix du support, ce qui retirerait tout intérêt au téléchargement illégal. Et ce faisant, ils pourraient disposer d'un marché infiniment plus étendu, que celui, confidentiel, auquel les prix pratiqués le confinent.

    Pour ma part, bien que n'étant pas un cinéphile averti, je rêve d'une vidéothèque avec les grands classiques de cinéma (Dryer, Bergman, Fellini, etc...), mais pas question que je succombe au prix des DVD actuels. Alors, c'est sur la musique classique que je porte mon dévolu : sur les collections de CD à un euro pièce, qui sont proposées régulièrement. Quand on est capable de le faire dans ce domaine, pourquoi ne pourrait-on pas le faire dans d'autres ?

    J'entend déjà les cris d'orfraie des auteurs, compositeurs, et interprètes encouragés par leurs éditeurs.... Tout ce beau monde agit pour la protection de l'auteur, ce travailleur précaire qui tire parfois le diable par la queue.

    Mais les parts du gâteau seraient plus grosses pour les auteurs (ceux qui en ont besoin) s'il n'y avait pas des goinfres sans vergogne. Commençons par les héritiers des auteurs, qui conservent les droits de ces derniers pendant 70 ans. Qui pourrait trouver cela normal ? L'auteur, bien sûr, mais ses héritiers ? Les choses sont devenues tellement grotesques qu'elles défraient régulièrement la chronique et engendrent des procès imbéciles : que diraient Hergé ou Goscini ? Ils doivent avoir honte...

    D'autres goinfres, ce sont les gestionnaires de tous ces droits : je préfère ne pas les citer et rester dans le vague pour ne pas m'attirer leurs foudres. Mais ils me font penser à certains fonctionnaires internationaux de grands organismes humanitaires (je ne parle pas des ONGs), qui commencent par se sucrer, et ne laissent que des miettes à ceux qui sont pourtant leurs raisons d'exister...

    Et puis, parlons des éditeurs, qui n'ont pas vu le vent tourner... En musique, ils entretiennent des armées d'ingénieurs du son qui vous triturent la mélodie, la rendent inaudible, la transforment en un bruit assourdissant qui m'a depuis longtemps dissuadé d'acheter quoi que ce soit. Je ne me reconnais décidément pas dans ce monde là... Dans l'édition du livre ou des revues, ils freinent des quatre fers, plutôt que d'accompagner le mouvement de numérisation.

    Enfin, il y a les gagnants ; les vrais, les grands. Ceux qui peuvent gagner autant qu'un joueur de foot, et qui n'ont pas plus envie que lui, de partager avec leurs frères de misère, les auteurs inconnus.

    Alors, je me dis : "vive l'économie numérique" : celle où les coûts sont réduits, où on accepte de participer et de partager un peu.